Les Inrō (印籠)
Quand le kimono n'avait pas de poches, comment les japonais faisaient-ils ?
Au Japon, dans la catégorie des objets appelés “sagemono” (objets pendants), on retrouve un accessoire qui pourrait nous faire penser aux châtelaines victoriennes, le Inrō.
Tout commence avec le kimono, mais le kimono dans sa grande splendeur à un défaut… il n’a pas de poches. Pendant des siècles, les hommes japonais ont donc dû trouver une autre solution pour transporter leurs affaires, un petit contenant suspendu à la ceinture, qu’on appelle un “inrō”.
L’objet nous vient en réalité de Chine, importé au Japon autour du 14ème ou 15ème siècle. À ses débuts, sa fonction est purement administrative : c’est un étui à sceau personnel, d’ailleurs on l’appelait aussi “étuis à sceaux”, il pouvait contenir aussi l’encre ou la cire nécessaire.
Les militaires et les samouraïs, se servaient aussi de ce détail pour désigner leurs rangs, selon la finesse des motifs et des matériaux.
L’inrō se porte accroché à l’obi, la large ceinture du kimono, retenu par une cordelette. Pour l’empêcher de glisser, on fixe à l’autre extrémité un petit toggle sculpté, le “netsuke”, glissé sous la ceinture comme une ancre, tandis qu’une perle coulissante, l’ojime, maintient l’ensemble des compartiments bien serrés. Certains modèles comptent jusqu’à sept compartiments empilés, et ces petites sculptures qui l’accompagnent représentent souvent des animaux ou des figures porte-bonheur.



L’inrō aura aussi pour fonction de transporter des médicaments. Pratique aussi dans la construction de l’objet puisque le bois et le cuir laqués protègent naturellement leur contenu de l’humidité et de la chaleur, particulièrement présentes au Japon.
Puis vient la période Edo (ancien nom de la ville de Tokyo) dès la fin du 16e siècle, l’inrō se transforme, c’est à cette époque que l’inrô devient un véritable objet de mode. Ce qui n’était qu’une petite boîte en bois utilitaire devient un terrain de jeu pour les plus grands artisans de l’époque : incrustations de nacre, feuilles d’or, sculptures minutieuses. L’accessoire fonctionnel devient un message de statut, de fierté, plus la laque est raffinée, plus le propriétaire affiche sa richesse et son goût.
Et puis, comme souvent dans l’histoire de la mode, un changement de costume a suffi à faire basculer les usages. Durant l’ère Meiji, à la fin du 19e siècle, le Japon adopte le costume occidental et avec lui, des poches.
L’inrō perd sa fonction mais pas son prestige.
Il devient une pièce de collection recherchée, exposée dans les plus grands musées, et vendue aux enchères pour des dizaines de milliers de dollars. Aujourd’hui, seule une poignée d’artisans perpétue encore ce savoir-faire de la laque, un art presque disparu avec la modernisation du Japon.
Et si l’inrō a quitté les ceintures des japonais contemporains, il survit dans un coin inattendu : chez les arbitres de sumo de haut rang, les gyōji, qui sont encore aujourd’hui les seuls autorisés à le porter.





